De la chenille au papillon

Psychothérapie

Retour à la maison pour retrouver la confiance

« Comparaison n’est pas raison » affirme si justement le proverbe populaire. En effet, humainement parlant, aucune comparaison n’est valable. Qu’il s’agisse de se mesurer à soi-même à une autre période, ou de se confronter à un autre, l’écart de nature entre les termes de la comparaison, lui ôte tout fondement.

Toute comparaison d’une personne à une autre est donc un mensonge. Elle revient toujours à se vouloir autrement que ce que l’on est, tel que l’on aurait été, que l’on voudrait être, que l’on devrait être …

Or, observez ce que produit immédiatement la comparaison sur vous. Des émotions émergent : tristesse, colère … Une forme de malaise diffus qui pousserait à choisir entre soi et l’autre, à se sentir inférieur ou supérieur, mieux ou moins bien. L’extérieur devient norme.

La comparaison nous coupe de notre intériorité, mais aussi de la relation à l’autre. Elle active la compulsion du mental à produire du faux, de l’illusion. S’échafaudent alors des pensées parasites, des croyances, nous faisons et refaisons le film en réactualisant les données, bref, une véritable bouillie de mental ! Le fruit de la comparaison et du jugement devient une idole devant laquelle nous nous statufions et nous prosternons.

Pourtant, nous serons toujours tel que nous sommes et l’autre restera toujours un autre.

La comparaison distille son poison et débouche irrémédiablement sur le jugement de soi ou de l’autre, sur une base de morale, de diktat, de norme. Toutes ces phrases commencent par « ça devrait être comme ci ou comme cela … »

Le jugement est différent de l’appréciation. Il représente toujours une projection sur l’autre, d’une partie de nous que nous refusons. Si l’on veut bien s’y intéresser, à l’instar de l’émotion, le jugement est un précieux indicateur pour notre travail intérieur. Quel est cet aspect de moi auquel je ne donne pas droit de citer ?

Quant à l’auto jugement, au moment précis où nous avons le plus besoin de faire alliance avec nous-même, il assène une double peine, un démembrement des forces. Au cours de ce mouvement de dévalorisation, de dépréciation, nous donnons les rênes à l’extérieur et aux croyances.

Dans cet enchainement, une division intérieure émerge et se creuse. Une partie de soi n’est pas intégrée, acceptée.  La comparaison, le jugement, puis la culpabilité vont renforcer ce clivage.

Rien de plus stérile que la culpabilité. Elle représente l’expression d’un refus, doublée d’une haine de soi. Pourtant, comment ne pas se rendre compte qu’à chaque instant, nous ne pouvons agir que de la meilleure des façons qui soit, dotés des données dont nous disposons et avec ce que nous sommes, précisément à ce moment-là. Lorsque nous sommes unifiés dans nos prises de décisions, la culpabilité n’a plus de place.

Comparaison, jugement et culpabilité représentent ainsi le trio infernal, une sorte de triangle des Bermudes de la confiance en soi. Cette confiance n’est pas une croyance de surface ou une pensée magique. Il s’agit bien d’un ancrage plus profond à ce qui nous constitue.

Le trio infernal nous entraine donc dans un décentrage et une diversion de soi.

Si nous parvenons à nous couper, nous affranchir de la comparaison, nous récupérons autonomie, force de vie et légèreté dans l’action. Ainsi, lorsque l’on est plein de soi, la détente, la joie et l’allant de notre force de vie se font pleinement ressentir. En ouvrant le chemin de notre créativité et de l’action, nous rompons le schéma mental répétitif.

Assurément, l’endroit le plus sécurisant, le plus nourrissant et le lieu idéal de réassurance réside au cœur de nous-même. Or, le premier réflexe en cas de déficit de confiance en soi est d’aller chercher (voire quémander) approbation, secours et réassurance à l’extérieur, par les autres.

Ce réflexe est quasi-naturel, tous nos sens ne sont-ils pas orientés vers l’extérieur ? Il  nous appartient donc d’actionner ce mouvement de retournement vers l’intérieur. La métanoïa dont nous parlent les textes sacrés ! Pour apprendre à voir avec les yeux de l’aveugle, entendre avec les oreilles du sourd …

Certaines conditions favorisent ce retournement :

La méditation, par le silence et l’immobilité. Nous pouvons le sentir également lorsque l’un de nos sens vacille (dans une simple sensation d’oreilles bouchées par exemple). L’accès est aussi facilité en période de jeûne, notamment à partir du 3ème jour, lorsque le corps comprend qu’il ne recevra pas les aliments de l’extérieur et qu’il doit inverser le mouvement pour se nourrir de l’intérieur. Le jeûne est aussi propice à s’interroger sur ce qui nous nourrit de façon large : nos relations, les films que l’on regarde, nos lectures, nos habitudes de vie. Sommes-nous dans la gloutonnerie, dans la faim insatiable et aveugle, dans des choix conscients et nourrissants ?

Aussi, le trio infernal : comparaison, jugement, culpabilité constitue bien de la pure production de mental, propre à nous éloigner de nous, des autres et de notre chemin de joyeuse réalisation.

CLV – 6/07/2018

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Femme sauvage, femme sauvée !

Ne soyez pas une femme que l’on consomme, que l’on consume, qu’on-sonne… Je n’entends plus ta voix-(y)elle
Un peu … beaucoup d’exigence, de dignité, d’intégrité !

Aurait-elle du plomb dans l’elle? Pour assimiler se faire draguer à se faire courtiser ?

Dit-elle vivante, chevauchant la louve, dans un grand éclat de rire et de sensualité !

Fini la grande braderie de l’il !

Honorez la femme qui est en vous et faites-vous vénérer ! Vous pourrez ainsi reconnaître et rencontrer l’homme debout et intègre, dans sa puissance, sa force et sa douceur !

C’est en initiant ce juste positionnement féminin, que le masculin sacré peut naturellement prendre sa place !

CLV – 18/06/2018

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Vivement maintenant !

Étrange expression que « vivement jeudi » ! Ou vivement un autre instant que celui qui s’offre tout de suite ! Vivement un moment qui sur le papier, dans la pensée, promet d’être théoriquement extraordinaire.

Or, cette formule, qui pourrait paraître anodine, compresse le temps entre le moment présent et ce fameux instant tant espéré ; sans négliger par ailleurs, toute la tension de l’attente, qu’elle va générer.

Cette approche présume qu’un autre moment sera mieux que celui-ci. De fait, elle coupe de tout ce que peut nous proposer l’instant inconnu, rempli de promesses et de vie, qui s’offre juste là, mais également de tous les autres instants qui vont se succéder jusqu’à cette date, sensée fabuleuse.

Elle affirme : la promesse des moments inconnus et inédits qui vont se présenter à moi est médiocre.

Elle pense : la vie est moins intelligente que moi. Elle ne sait pas ce que j’ai besoin de recevoir et de vivre pour me réaliser.

Elle prétend : moi seul sait cequi peut me rendre totalement heureux et épanoui, alors même que je ne ressens pas cela de façon stable et continue dans ma vie.

L’extraordinaire ne peut-il pas se nicher dans ce qui peut apparaître comme ordinaire au regard profane, usé, peureux et conventionnel ?

La promesse du nouveau, renouvelé à chaque respiration, à chaque souffle de vie qui nous traverse ! Ce souffle qui a la capacité de nous régénérer à chaque instant, pour peu que nous nous y consentions.

Alors vivement maintenant !

CLV – 3/06/2018

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Un masque si lourd !

Brisez les mythes sur vous-même !
Lâchez les idéaux, les postures qui enferment !
Offrez ce cadeau de permission à ceux qui vous entourent !
Hummm, c’est dramatiquement contagieux !
Soyez pleinement qui vous êtes, avec vos colorations propres, vos manies, ce que vous considériez comme vos défauts, ce qu’il fallait camoufler …
L’heure est grave ! Le temps passe vite ! Il est l’heure de se réaliser à l’instant même !
Qu’ai-je encore à accomplir d’impérieux ?
Et si cela devait s’arrêter demain ! Ne laissons aucune trace de regret !

CLV – 29/05/2018

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Je veux ET je ne veux pas

Le cheminement qui conduit vers Soi, puis vers plus impersonnel que soi, n’est pas linéaire. Il est jalonné de chaos, de lignes droites, de courbes sans visibilité, de descentes à pic, de côtes abruptes, de sentiers fleuris et embaumés …

Les périodes d’inconfort alternent avec les moments de grâce. CHACUN de ces moments est important à vivre et à ressentir pleinement, à travers tous les pores de notre peau et jusqu’aux tréfonds de notre âme, le concave comme le convexe. La souffrance vient au moment où nous qualifions de « bon », de « positif » ou de « mauvais », de « négatif ». Nous pouvons trouver du confort dans l’inconfort, comme il est possible de ne pas avoir peur de ses peurs.

Se sentir découragé et à la fois si confiant ! Les deux aussi forts, les deux aussi «vrais».

Dans toute situation, nous sommes en capacité à la fois de ressentir les impressions, les émotions de surface : la peur, le découragement … (qui pourraient être de nature à nous emporter, si on résume la situation à ce ressenti de surface) et en même temps, nous pouvons percevoir, à un autre niveau, une réalité plus profonde : une confiance au-delà des apparences ...

Dans un chemin de guérison ou de thérapie, nous pouvons voir qu’au même moment une partie de nous veut résolument guérir et, à la fois qu’une autre partie ne veut pas guérir.

Se rejoindre, combiner ces forces apparemment contradictoires est une indication du chemin de réconciliation intérieure, d’unification à laquelle nous sommes conviés. Il ne s’agit pour autant pas de résoudre trop hâtivement, de chercher le gris entre le noir et le blanc. La combinatoire de ces deux forces trouvera d’elle-même sa trajectoire et ses formes.

Les paradoxes, tout comme l’impermanence nous obligent à dépasser la vision immédiate des apparences.

Une petite boussole pour traverser ces moments d’incertitude sous la forme d’une question : Vais-je dans le sens de la vie ? Est-ce que ce vers quoi je me dirige a la saveur du vivant ? Laissez-vous traverser par la vie, ne nagez pas à contre-courant.

CLV – 24/05/2018

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Se connaître et se révéler dans nos blessures

La blessure, une coupure ontologique

Sans la chercher et loin d’un discours doloriste, la blessure offre l’occasion de se rencontrer véritablement. La vie est plus intelligente que nous. Elle nous sert ce dont nous avons besoin, pour nous dépasser et nous réaliser, les épreuves, comme les outils.

Parfois, dans nos vies bien rangées, le confort de l’ordonnancement dispense du questionnement. Il peut s’avérer plus périlleux que l’inconfort de la confusion, qui accule à chercher une voie de salut. Le déséquilibre pousse à poursuivre la quête de sens. Par ailleurs, accepter, à des périodes de sa vie, certaines forces associées au chaos, c’est permettre au doute d’installer le tumulte avant de repenser un nouvel ordre. Nous ne pouvons construire dans le chaos. Pour autant, il ne représente souvent qu’un désordre apparent, pour lequel le sens caché ne s’est pas encore révélé.

Au cœur de l’ombre siège la lumière. Au cœur de la multitude se niche l’unité. Ainsi, même dans les périodes de tempête, nous pouvons retrouver le centre. « La chance du tourbillon c’est son œil, le vide immobile au centre du typhon, signe de la permanence au cœur des formes qui viennent, passent et disparaissent. » K.G. Durckheim

Les blessures qui nous habitent sont souvent génériques (abandon, rejet, trahison, injustice, humiliation) et peuvent se décliner au gré de nos vécus (honte, absence de reconnaissance…).

La peur de plonger au cœur de nos blessures est bien plus importante que l’expérience réelle de cette rencontre. Alors, si nous sautions dans les flammes là où elles sont le plus hautes ! A un certain niveau, il sera question de ne plus se débattre, d’abdiquer. Cette reddition est un préalable à l’émergence du nouveau.

L’expérience consciente de ces traversées ne protège pas des dangers futurs, mais nous aguerrit pour les vivre à nouveau. Ainsi, en côtoyant notre ombre et notre blessure, nous devenons vulnérablement invincibles, intelligemment sensibles.

« Quiconque rend intelligente son âme fait de sa blessure une nappe pour la table du chemin » (Attâr « le langage des oiseaux »)

La douleur se révèle ici, opportunité pour sortir peu à peu de l’hiver de l’âme, la sclérose de l’Etre, pour cheminer vers un printemps intérieur.

Qui suis-je ?

Lorsqu’à la question « qui suis-je ? », nous pourrons répondre par un élément permanent et immuable, quelque soit le bonheur ou le malheur extérieur que nous sommes en train de vivre, nous pourrons parler d’unification.

La question de l’identité réelle et stable se pose avec une grande acuité. Notre véritable identité est bien différente de nos multiples identifications. Lorsque l’Homme extérieur chute, c’est une occasion pour l’Homme véritable (comme disait Guénon), dont on a pris conscience, de se relever. Pour autant, il est encore très vacillant et demande à grandir, à se densifier.

Nous nous pensons maître de nous-mêmes, alors que nous pouvons seulement commencer à devenir des élèves, c’est-à-dire des hommes et des femmes qui s’élèvent, qui montent vers leurs racines.

S’expatrier de son cadre de pensée, multiplier les axes d’optique ! Dans la rencontre de notre propre altérité, s’ouvre un chemin d’amour et de réconciliation permettant la fusion des dualités. Il n’est pas question de table rase, mais de transformation.

Du dégoût au goût

La plaie va parfois vers son couteau, pour chercher à cautériser. « Je suis la plaie et le couteau et la victime et le bourreau » Baudelaire.

Nous retrouvons ce mouvement dans la relation, particulièrement dans la rencontre amoureuse, qui par l’accès à l’intime, réactive les plaies de l’enfance. Dans le cadre du couple, l’adulte qui se pense stable, se trouve assailli par la douleur intacte de ses premières années, réactivée de façon inconsciente par son partenaire. A l’endroit même de la blessure, l’enfant en soi retombe dans la dépendance affective, face à son compagnon (gne). Il va aller quémander de l’amour chez l’autre, à l’endroit-même où il ne pourra pas en recevoir.

Cette déclinaison du syndrome de Stockholm amoureux prend des proportions plus aigües si le sujet a été victime d’abus. Il pourra alors retrouver un abuseur ou un pervers, comme téléguidé par sa blessure. Cela se retrouve particulièrement chez les femmes. Ainsi, on peut parfois aimer quelqu’un, comme une plaie aime son couteau. Le travail ici consiste en une reprogrammation du verbe aimer ; dé-paramétrer ce goût, cette saveur défaillante, pour réencoder ce qui nourrit et fait grandir. Reconnaissant cette saveur, l’abusé y retourne et doit retraverser le dé-goût, parfois jusqu’à la nausée, comme un antidote pour retrouver une autre saveur. Cette dernière s’associe, au départ, davantage à un savoir qu’à une expérience.

Le sens de la quête : Intégrité, verticalité et joie

Désormais, la direction à chercher est celle de notre Orient intérieur et l’Orient de l’âme comme disait le poète allemand Novalis. Il s’agit de cheminer en utilisant de moins en moins de béquilles externes, en passant progressivement des points d’appui extérieurs à soi, aux points d’appui intérieurs.

Lorsque nous chutons, les yeux vers la voute céleste étoilée, nous indique l’orientation à prendre, celle de l’élévation. Nous sommes appelés à maîtriser notre minotaure (Ego), à parvenir au centre du labyrinthe en nous élevant comme Dédale. Ce combat est vain si nous nous maintenons dans l’horizontale, en tuant le Minotaure comme l’a fait Thésée, ou en voulant nous élever trop vite, tel Icare qui a voulu s’approcher trop près du soleil.

Dans la verticalité, ce nouvel horizon du cherchant, il s’agit d’unir en soi le ciel et la terre. La verticalité a libéré la parole chez l’Homme. Le redressement (en Hébreu) signifie se réveiller, devenir conscient de soi-même.

C’est bien à l’endroit où l’on bute, où l’on se blesse, que le travail le plus important se réalise, pour la stabilité générale. Comme dans le bouddhisme tantrique, où les 5 poisons (5 défauts majeurs) vont être transformés en 5 sagesses. Ainsi, l’important n’est pas de ne jamais tomber, mais d’apprendre à se relever, c’est-à-dire à se relier à la transcendance. Plus précisément, pouvoir se relever avec la souplesse du roseau plutôt qu’avec la rigidité du chêne, qui peut se briser ou blesser les autres.

Le pèlerin marche sans cesse vers lui-même, vers « plus moi que moi-même et tout autre que moi-même. » (Jean Yves Leloup) Dans cette aventure de réconciliation, pèlerinages intérieur et extérieur se rejoignent.

Le prix à payer, vers une épigénie

Le chemin, quoique libérateur, s’avère exigeant. Nous aimerions tant améliorer l’ancien et rajouter du meilleur. Alors qu’il s’agit bien d’accepter l’effondrement du vieux monde, de renoncer à la place, plus ou moins chèrement gagnée, qu’on y occupe. Rechercher la paix plus que la sécurité, la joie plus que le bonheur conforme, implique également le ressenti d’une forme de solitude humaine, mais qui ne s’apparente pas à la déréliction.

Naître à soi-même, dans une seconde naissance, celle de l’Être profond qui est appelé à se réaliser, exige des pertes et un prix à payer. Aussi, cette démarche s’engage en prenant conscience du déséquilibre de la balance, entre le coût à payer pour une libération et le tribut que l’on paye, du fait de nos limitations et prisons intérieures. Quel est ce prix à payer ? Il peut être de l’ordre de la mauvaise conscience, ou de la perte d’une réputation de « gentil » par exemple.

Sommes-nous prêts à lâcher les chemins balisés et rassurants ? Les repères qui nous ont structurés dès le plus jeune âge ? Sommes-nous d’accord d’affronter les yeux grands ouverts, la noirceur de la nuit inquiétante, l’aridité du désert, la solitude intense, liée à l’incommunicabilité d’une expérience profonde ? Si oui, s’ouvre alors une voie de dépouillement, de frottement, d’usinage, de décollement des scories. Cheminer de mue en mue, de déséquilibre en recherche d’un nouvel équilibre ; ressusciter à soi-même dans la métamorphose. Cela s’apparente à une épigénie, terme utilisé en minéralogie et qui illustre si justement ce cheminement. Elle désigne un processus de changement de nature dans une apparence extérieure inchangée.

« Avancer, c’est quitter. Le héros du mythe ne cherche pas à se guérir, il se veut libre du passé, de ses peurs et de ses douleurs. Et sans nul doute, pour chacun, le plus difficile est de renoncer à ses chères souffrances et aux injures subies. On préfère ressasser, se faire plaindre ou encore pardonner. » Jacqueline Kelen

Le devoir de réussir

Avancer en « wanderer », engagé dans le lien sans être attaché, cueilleur sans attentes. Nul besoin de rompre les amarres, si nous devenons libres des amarres.

Dans une bienveillance sans complaisance, la libération doit passer par des mises en actes conscients et bien concrets, dans nos vies quotidiennes, nos relations, notre travail. Ce déblaiement laisse émerger et s’épanouir le nouveau. Quelle joie ensuite, de s’accompagner dans le déploiement, le plein essor de sa force de vie et d’accomplissement !

Une fois révélé notre véritable chemin de réalisation, nous passons de la subsistance à l’existence. Une nouvelle position se manifeste, elle nous parle de notre dignité et de notre intégrité. Il est aussi question d’honorer et de célébrer la vie, en utilisant pleinement ce qui nous est offert. Nous avons donc le devoir de nous fructifier, lorsque l’on a reconnu ce que l’on portait en soi de réaliser. La vie ne nous doit rien, mais elle nous invite, comme pour lui rendre hommage, à réussir, à nous réaliser pleinement et joyeusement, sans culpabilité ni demi-mesure.

CLV – 20/02/2018

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Assumer son rire et le faire vivre

N’ayant trouvé aucun auteur « sérieux » et dûment estampillé – et cela me sied – je ne peux citer qu’une phrase de Charlotte Gainsbourg pour introduire mon propos : « C’est plus facile d’assumer son mal-être que le rire ».
 
Cette forme d’embarras, de honte à rire, j’ai l’occasion de la rencontrer chaque jour. Le rire, dont le propre est le “sans-forme”, est très normé. Il doit rentrer dans des cases qui le dénaturent. Il y a des sujets et des circonstances qui prêtent à rire de bon ton, et d’autres non, tout comme il y a des manières convenues, de rire. Pourtant caractérisé par l’explosion, la fulgurance, il est muselé par le regard de l’autre, réel ou intériorisé. Il ne s’agit pas de verser dans l’extrême inverse, dans une hilarité pathologique ou mal-à-propos, mais d’utiliser le mécanisme du rire comme un moyen d’observation de nos mécanismes.
 
La question n’est pas tant la nature de ces sujets qui prêterait à rire, mais du taux d’exposition auquel nous nous confrontons alors. Dans une période où le mal être s’exprime sans réserve, le rire deviendrait-il indécent ? Il relèverait ainsi de l’extrême-intime. De fait, un rire non validé par l’entourage place le sujet dans une situation de rejet ; il perd la face, mais laquelle ? Peut-on se permettre de rire si notre interlocuteur ne nous accompagne pas dans cet élan ? Tout le rapport à soi et à l’autre se joue ici. Le rire est-il une expression pour soi ? Un moyen de communion avec l’autre ? La validation que nous sommes acceptés, aimés ?
 
Pourtant laisser respirer, se déployer la Joie – je ne parle pas du bonheur, qui est encore autre chose – est source d’épanouissement, de liberté, d’ouverture vers la créativité, une respiration. Bien souvent, la vie nous sourit, nous fait des clins d’œil et nous lui rétorquons par une « gravitude » dignement affichée. Quel est donc le risque ? Ne pas être pris au sérieux ?
 
La question est de savoir si nous sommes dupes de la multiplicité des personnages en nous, si nous nous identifions à l’un d’entre eux ou à une fonction. Un boucher hilare ne servirait-il pas le meilleur gigot ? La mère de famille qui se gondole de rire ne peut-elle pas bien remplir son rôle de mère ? Un PDG enjoué ne peut-il pas être respecté par ses collaborateurs ? Le mécanisme de l’humour s’appuie sur un décalage et l’enseignement réside dans ce principe : Pouvons-nous être pleinement présents et à la fois, poser un regard extérieur ? « Être un avec » la situation et voir que nous jouons un rôle parmi tant d’autres, voir son propre masque dans le miroir de l’humour. Ne dit-on pas « avoir de l’esprit » ?
 
L’humour a donc un sens et un enseignement en deçà de l’éclat du rire. Il ne peut être traité avec mépris. Il ouvre, il élargit, il dés-étrique.
 
L’humour ne serait-il pas ce qu’il y a de plus sérieux finalement !
 
CLV – 9-08-2017